Que lisez-vous en ce moment ? #8

Que lisez-vous en ce moment ? #8

Gudule, Le Croqueur de lune (2011)

Éditeur : Mijade

Ce recueil de 21 contes est une jolie découverte. Traînant avec mes enfants dans un magasin rempli de livres d’occasion, je suis tombée sur ce bouquin de Gudule et… je l’ai dévoré à leur place, avant de leur lire des passages le soir au coucher.

Je connaissais l’auteur, Anne Guduël alias Gudule, pour ses publications pour adultes et son blog décapant (ici et ), mais c’est une amie de mon fils aîné qui m’a parlé de ses livres pour enfants. Et quelle surprise ! Ces textes courts revisitent les contes du monde entier et chacun est un trésor. Je vais vous faire une confidence : j’aime les morales, quel que soit le genre de livre, il faut qu’il y ait un but, une direction, qu’il reste quelque chose. Avec ce choix d’histoires, Gudule m’a comblée bien davantage que certains contes anciens et traditionnels dans la morale me paraît parfois confuse ou dépassée.

Peuplées de Rois et Reines, d’enfants sauveurs, de lutins des forêts, de jeunes filles généreuses, de jeunes hommes courageux, avec quelques apparitions du diable en personne, elles sont parfois taillées à la serpe, parfois grivoises (d’où l’intérêt de les lire à voix haute selon l’âge des auditeurs ^^) mais toujours humanistes, riches et passionnées. A l’instar des recueils de mythologie, grecque ou philippines, qui ont guidé mon enfance, on y trouve l’explication de certains phénomènes naturels (comme le croqueur de lune qui donne le nom à ce livre ou l’alternance des saisons) et, bien sûr, la célébration des bons sentiments (l’amitié, la fidélité, l’empathie, l’humilité).

Il serait difficile de résumer ces contes et cela gâcherait le plaisir que vous aurez à les lire, je ne m’y essaierai donc pas.

Je vous conseille de découvrir cette auteure, hélas partie trop tôt, à la plume pleine de verve et de délicatesse.

Que lisez-vous en ce moment #7

Que lisez-vous en ce moment #7

J’espère que vous allez bien ? Reprise de la rubrique « Que lisez-vous en ce moment » ! Ici l’été a été propice à la lecture ! Dans le lit, le hamac, la chaise longue, couchée dans l’herbe, à la plage, à l’hôtel, dans le canapé, toutes les occasions sont bonnes. Cette fois, j’avais emmené des livres en plus de ma liseuse, l’occasion de découvrir des romans prêtés par les copines. J’aime ma liseuse car je la remplis de manière hétéroclite avant de partir : romans de science fiction classés série Z, policiers parfois douteux, romans romantiques, littérature contemporaine, tout fait farine au moulin, c’est un peu ma spécialité !

750020c27fa9eb74c5d788ccc3285d1aAu programme :

  • Stephen King : Tout est fatal et Cellulaire
  • Henri Laborit : Eloge de la fuite
  • Georges Sand : Valentine
  • Jean Failler : La cité des dogues et La régate du St-Philibert
  • Jiro Akagawa : Meurtres pour tuer le temps
  • Michel Serres : Petite Poucette
  • Isabelle Rozenn-Mari : Souviens-toi Rose
  • Robert Silverberg : Lettres de l’Altlantide et Thèbes aux cent portes

Dans le désordre et pour des raisons différentes, tous ces romans m’ont plu, mis à part « Souviens-toi Rose » où j’ai espéré une fin moins mystique, en vain.

Avec « Tout est fatal », Stephen King a montré tout son talent dans le fantastique. « Cellular » m’a moins plu en raison de cet effet de mode attaché aux zombies à l’heure actuelle. Peut-être me faudra-t-il le relire plus tard. Le début, comme à chaque fois, est génialement trouvé. Son livre « Ecriture » expliquait bien ce point de départ, cette accroche qui mène au bon roman.

Avec Henri Laborit, neurochirurgien, j’ai tenté la lecture analytique et anthropologique. Passionnant, mais épuisant le soir après une journée bien occupée ! Néanmoins, c’est un livre que je conseille, car il va à l’encontre des schémas actuels de pensée : se battre, réussir, pour privilégier une action honnie, la fuite pour se sauvegarder.

Le policier japonais de Jiro Akagawa, « Meurtres pour tuer le temps », est une pépite : enjoué, drôle, fin, on ne s’ennuie pas une seconde et la fin nous laisse un goût addictif. Je ne sais pas du tout comment il est tombé dans mes mains, mystère !

Après quelques semaines bretonnes, découvrir Carnac, la Trinité, Saint-Malo à travers les romans policiers de Jean Failler était très chouette. Mais je suis une plaie pour les copines qui partagent leurs coups de coeur, trop exigeante et pénible disons-le. Que Marie Lester, l’enquêtrice confonde Conseil Général et Conseil Régional m’horripile au plus au point, et quand l’auteur ose un « Autant pour moi », je bondis de ma chaise en renversant mon mojito à la fraise de Plougastel. Le côté misogyne est caricatural et agaçant et curieusement, le personnage principal reste auréolé de mystère, je n’ai pas pu me représenter cette femme, rien ne le permet. Il reste que les cordes des enquêtes sont bien ficelées et qu’on a plaisir à découvrir la vérité au fil des pages.

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Retrouver le roman de science fiction en attaquant de vieux Silverberg sans prétention permet de se réjouir de jolies nouvelles. « Thèbes aux cent portes » m’a portée plusieurs jours durant. C’est du niveau d’un Clifford Simak, monde enchanteur ou dangereux, philosophie et réflexion. Simple, mais efficace. Loin derrière « L’homme dans le Labyrinthe » tout de même.

J’aime beaucoup Michel Serres et j’ai dévoré son opuscule « Petite Poucette » avec bonheur. Son enthousiaste vis à vis de l’avenir des générations actuelles est contagieux. On peut être épistémologue, féru de culture antique et ne pas être conservateur. En revanche, on sent que l’auteur aime les conférences et aime s’écouter, sa logorrhée est parfois lassante. Il reste que je le relirais volontiers et aime à le diffuser.

Enfin, je viens de terminer « Valentine » de Georges Sand. C’est le premier roman que je lisais d’elle, j’en suis encore toute étourdie. Je ne connais rien de sa vie et de son oeuvre et je suis ravie d’avoir commencé par un roman dont on parle peu et qui réunit déjà des aspects de modernité, de critique de la société de classes, de la place que les femmes y occupent, de la relation filiale entre femmes, de la sororité, de l’amour bien sûr. Le personnage principal est parfois un peu long et pompeux dans ses discours, mais la fin est nette et sans hésitation ! Ayant toute une série de romans de Sand dans ma liseuse (puisque tombés dans le domaine public), je vais continuer d’ouvrir doucement des portes pour aller à sa rencontre.

Un été hétéroclite si vous me permettez l’allitération !

Si vous aussi vous avez lu ces livres ou si vous avez des suggestions à me faire, je suis preneuse de tous vos avis ! Par ailleurs, je suis tentée d’organiser un swap de littérature et de thés, un échange de jolis colis, ça vous dit ?

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La parenthèse : le burn out

La parenthèse : le burn out

De retour après un silence de presque quatre mois. Non, ce blog n’est pas abandonné, mais son auteure était en quelque sorte perdue.

Je me représente la vie comme une série de matriochkas imbriquées les unes dans les autres, de la plus petite à la plus grande. Chacune symbolise une étape, un petit pas de plus, un enrichissement. Dans ma vie de jeune adulte à quadragénaire, j’ai successivement obtenu un diplôme de second degré en arts plastiques, puis suivi un cursus universitaire en histoire de l’art sanctionné par un doctorat es archéologie à Paris. J’ai enseigné à l’Université à Clermont-Ferrand où j’avais moi-même usé les bancs de l’amphi, avant de mener un post-doc à Athènes en tant que chercheur et chef de chantier en Crète, à Malia. Dans l’intervalle, le diabète, de type 1, ou insulino-dépendant, s’est invité dans ma vie. Compagnon contraignant, il m’a obligée à plus de rigueur vis à vis de ma santé et de mes limites, sans pour autant constituer un frein à mes passions. De retour en France, j’ai compris en revanche qu’il faudrait plus de stabilité pour mener une grossesse diabétique et je suis restée. Cette solitude relative et cet enracinement forcé m’ont permis de rencontrer d’autres femmes diabétiques et de cette émulsion est née une association de mamans, et de femmes diabétiques que j’ai présidée pendant 6 ans avant de passer la main. Maman de trois enfants, investie dans leur éducation, partie prenante dans l’associatif, j’ai profité de mes compétences pour lancer mon autoentreprise : Dessine-moi un prénom, par l’intermédiaire de laquelle je vends des toiles et des objets de décoration, le plus souvent pour les enfants, mais de plus en plus pour tous les publics. Si vous me lisez de temps en temps, c’est par ce biais que vous me connaissez. Le reste apparaît en filigrane.

Il y a un an, en juillet, au tout début de mes vacances, quelques mois après avoir soumis une candidature spontanée, j’ai reçu l’opportunité d’un travail salarié, à temps partiel, me permettant d’exploiter les compétences précédemment citées, mais aussi de conserver mon entreprise (ou du moins d’essayer). S’en est suivi un bouleversement intérieur et familial : que choisir ? Tout en me proposant un emploi, il s’avère que ce projet est à prendre au conditionnel car il faut trouver des fonds pour créer ce poste. Mes vacances commencent à être tourmentées car les échanges par téléphone sont nombreux et les horaires de l’été peu propices. Puis, le coup de théâtre, une salariée part en congé maternité, pourrais-je la remplacer ? Ce poste intermédiaire, me dit-on, me permettra de juger de l’intérieur cette institution que je côtoie par ailleurs régulièrement. Je demande la fiche de poste et la reçois accompagnée de ces mots : « réfléchis bien, sache que lorsque je suis sous pression, je peux être désagréable, c’est un poste assez mal payé, et réfléchis de ton côté à l’avenir de ton entreprise ». Je réunis le Conseil de famille, à savoir mon mari et mes trois enfants, et nous discutons ensemble, à bâtons rompus, de ce travail qui nécessite une nouvelle organisation, de nouveaux horaires scolaires pour eux et nous décidons d’accepter.

Un an après, trois mois et demi d’antidépresseurs plus loin, je reviens sur cette « parenthèse ». Une plongée dans le burn out, cette affection du travail dont l’existence fait encore douter les mordus du boulot, les enchaînés, les carriéristes, les « vie personnelle zéro ». Je n’écris pas pour diffamer, même si certains connaissent l’institution, je vous prie de ne pas la citer, ce n’est pas l’intention. J’écris pour tous ceux qui, autour de moi ont vécu ou vivent la même mauvaise expérience, qui se reconnaîtront. J’écris pour expliquer mon silence et mes réticences à répondre aux questions pendant ce laps de temps difficile. J’écris, enfin, ces premiers mots dans cette pièce ou j’ai pris la décision de commencer cette nouvelle vie il y a un an, lors de nos vacances, car la vie ne manque pas d’ironie, n’est-ce pas ?

 

1.Le b.a ba du manager incompétent

Commencer un nouveau travail, quand on a un peu de rigueur, est source de stress, empreint de la volonté de bien faire, de ne pas trop solliciter les autres afin d’être le plus rapidement autonome et de ne pas peser dans une organisation déjà complexe et lourde.

Ces débuts sont d’autant plus difficiles lorsque vous ne rencontrez pas de visu la personne que vous devez à terme remplacer pendant son congé maternité. Un poste qui comprend 4 adresses mail, un webmail, trois agendas électroniques, soit près de 150 messages par jour… le dépouillement et l’affranchissement du courrier, et un standard.

Le manager incompétent n’est pas conscient de la tâche, il a un besoin : remplir une case vide pour que l’absence ne lui soit pas reprochée. Il est satisfait que vous soyez là, il ajoute même que désormais il aura confiance. Et de vous confier qu’il n’est pas sûr de la personne en charge du poste, vous plaçant dans une situation gênante, tandis que d’autres, pensant bien faire, ajoutent que le président lui aussi est ravi de vous avoir, que vous en connaissez davantage que la titulaire. Le ton est donné. Entre confidences et piques, vous entrez dans l’hypocrisie légendaire du travail de bureau. Vous n’êtes pas surpris. Vous effectuez vos remplacements (sans contrat) dès que cette personne est en arrêt maladie, au pied levé après réception d’un sms la veille. La santé de la future maman et celle de son bébé sont en jeu, mais vous n’en saurez rien de la part de la hiérarchie, sinon que ces arrêts sont intempestifs et source d’embarras. Il n’y aura donc pas de présence commune en dehors de quatre heures de présence qui serviront de tuilage. Ce jour-là, prise de notes, arrêt du standard, quatre précieuses heures pour absorber toutes les informations nécessaires, les procédures, les mots de passe, le fonctionnement des machines. Quatre heures qui vous seront payées avec réticence, c’est aussi un point acquis rapidement, l’argent ne sort pas facilement, le bénévolat est de mise.

Vous convenez avec l’assistante de direction de communiquer par sms, elle promet de vous répondre rapidement et s’y tient. Louée soit-elle. Car si ses chefs – les vôtres – semblent douter d’elle, eux en revanche ne connaissent absolument pas son travail. Toutes les questions posées obtiennent donc des réponses floues, des haussements d’épaules, des soupirs. Ce que vous preniez pour de la distance s’avère être de l’incompétence. Le suivi administratif, les contraintes préfectorales leur sont inconnues. Vos questions rencontrent une fin de non-recevoir. En effet, il va de soi que la meilleure manière de déléguer son travail pour un manager est d’assigner des tâches en ne les expliquant pas, en spécifiant de n’impliquer personne (la transparence est une vue de l’esprit, vous l’avez appris au bout de quelques jours), surtout pas celles qui pourraient vous aider, voire en transmettant les instructions qui lui ont été données par son prédécesseur (« comme un testament », traduction : « je ne sais pas faire, mais je m’en lave les mains, débrouille-toi, j’ai mieux à faire »). L’incompétence n’a pas de bornes, surtout doublée d’un complexe d’infériorité. Et peu à peu le sac à dos se charge. Un transfert de responsabilités se produit. On vous demande de ne plus communiquer avec la personne que vous remplacez car une autre salariée est partie en arrêt maladie (et demandera une rupture conventionnelle) et il n’est pas bon de demander des nouvelles des salariés absents, c’est illégal. Vous voilà bien.

Apprenant peu à peu à jongler avec les multiples agendas électroniques vous découvrez qu’il faut doubler les rendez-vous par une version papier, vous plaisantez de prime abord mais le gouffre s’élargit. Non seulement il faut noter, imprimer lieu et plan, préparer l’itinéraire en transports en commun, mais également prévenir de tout changement dans l’agenda électronique accessible en ligne via smartphone ou ordinateur, par un mail ou par un sms. L’image d’un homme rustre portant pantalon, muni de ceinture et de bretelles plane un instant devant vos yeux ébahis. « Non, moi tu sais, j’ai un agenda papier que je transporte dans mon sac… je note tout dessus, je n’ai jamais pu me faire à Google Agenda. C’est surtout pour les autres salariés. Et puis, les applications pour me rendre à un rendez-vous, je n’aime pas ». Aveu d’incompétence et de faiblesse que vous devez compenser à l’aide d’autres moyens, y compris de votre téléphone portable personnel.

Vous apprendrez vite que vous ne méritez pas non plus la confiance qui avait été momentanément accordée. Car toutes vos erreurs sont propices à l’infantilisation et la culpabilisation, les occasions se répètent et se ressemblent. La politesse s’amenuise. Peu à peu, il vous arrive d’en rêver la nuit, de craindre un oubli ou une erreur, de réagir à froid à une demande impolie. Vous avez soudain 8 ans et les toilettes commencent à être votre refuge préféré. Quelque chose cloche. Vous le constatez autour de vous, l’ambiance n’est pas la même quand le manager n’est pas là. Chacun travaille et accomplit ses tâches avec le sourire, les portes sont ouvertes, les gens chaleureux. Vous commencez à vous adapter aux manques et aux faiblesses, à pallier les absences de décision, à prendre des initiatives par manque d’informations complètes. Malgré cela, tout est prétexte à récriminations. Peu à peu, vous doutez de vos capacités à supporter cette situation, ce que confirme votre conjoint avec beaucoup plus de clairvoyance.

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2.Le harcèlement

Le manager incompétent n’a pas de vie personnelle. Par conséquent, vous non plus. Un besoin de sa part doit être assouvi, sur le champ, avec plus ou moins de politesse, et sans faire grand cas de vos activités. Vous êtes donc joignable par mail, par téléphone, sur le standard qui cumule plusieurs besoins, ainsi que sur votre mobile personnel. Et lorsque vous n’êtes pas là, le code du travail qui doit protéger votre vie privée et votre droit à la déconnexion ne s’applique pas non plus.

Vous recevrez donc un sms sur notre mobile lorsque vous avez les mains dans la dinde le jour du réveillon pour obtenir un tableau recensant les nouveaux administrateurs que vous avez pensé utile de réaliser pour votre usage et qui manifestement a plu. Avant que vous n’ayez pu répondre, l’outil a été trouvé. Ouf, le repas du soir est sauf. Le 24 décembre n’est sacré en rien, ce n’est que la veille de la fermeture. Même si vous avez ce jour-là un jour de rattrapage pour un conseil d’administration qui vous a tenue éloignée de votre famille un samedi. Votre chef n’a pas de vie personnelle, pourquoi aurait-elle des vacances ? Au retour des congés, le 7 janvier, le fameux tableau a disparu de votre ordinateur. Après deux mois de travail, vous avez suffisamment douté de vous pour paniquer. Un haussement d’épaule agacé et un soupir répondent à votre question limite hystérique et vous apprenez qu’il a été déplacé de votre ordinateur.

En effet, votre ordinateur et les boîtes mail que vous gérez ne vous appartiennent pas. C’est ainsi que vous avez l’occasion de découvrir que vous avez également envoyé des mails pendant votre absence, avec votre signature (non automatique), mais un ton qui n’est pas le vôtre. Vérification faite auprès de vos collègues pendant le repas de midi, ils n’ont pas été dupes. Ce ne pouvait être vous. Vous n’êtes pas dans un mauvais livre de fantômes ou de manipulation, c’est la vraie vie et votre conscience peu à peu se trouble en frôlant la paranoïa.

Régulièrement, un sms arrive à l’heure pile pour vérifier si vous êtes à votre poste, 13h01, 17h01. Vous en souriez, mais ça ne dure pas. Car vous n’êtes pas la seule à douter, les collègues confirment. Votre sourire disparaît.

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3. L’indifférence et le mépris

Après avoir assumé le poste pendant quatre mois, le poste que vous deviez avoir dès le début et qui correspond à vos compétences (expertise de patient, relationnel, rédaction web) est enfin créé, avec bien des réticences et des messes basses. « Je ne sais pas si une mère de famille est le profil idéal ». « Tu vas me coûter cher ». Ces phrases directes sont tellement malséantes et impolies qu’elles vous laissent bouche bée. Il faut peut-être regretter la politesse fasse à la bêtise. Votre nouvelle collègue et manager, au cursus universitaire égal au vôtre, se charge de vous dire qu’elle a beaucoup insisté pour que vous soyez prise et vous flatte. Elle connaît tout votre CV et commence toutes ses phrases par « Je ne devrais pas te le dire, mais… ». Une manipulation qui en vaut une autre et ne la distingue pas beaucoup du N+2. Seriez-vous ballotée de Charybde en Sylla ? Il se pourrait bien.

Une semaine d’intervalle entre vos deux contrats vous permet de prendre quelques jours de vacances (ce sont les jours où vous êtes venus bénévolement, pas de véritables jours de congés, entendons-nous bien). Vous prenez soin d’être malade à cette occasion pour ne pas gêner pendant le travail et ne profitez pas de votre famille au fond de votre lit. Ça tombe bien, il pleut.

Au retour, avec vos craquelins bretons en guise de souvenir à partager, vous demandez où sera votre bureau. Deux autres salariés sont arrivés entre temps, dont l’une pour vous remplacer sur le poste d’assistante de direction. Il va falloir la former – pendant que vous assumez votre nouveau poste. Votre bureau ? C’est un recoin dans un open space du service communication, où l’on stocke des fascicules, des publicités, qui n’a pas vu un chiffon à poussières depuis un an. Quelqu’un va venir, bénévolement, un jour, pour faire du tri. Un ordinateur ? Ah je ne sais pas, faudrait en monter un. Vous avez pris la précaution de prendre le vôtre ce matin, portable 17 pouces, lourd et mal pratique, mais vous êtes tellement motivée par cette nouvelle fonction. La première semaine de ce poste, vous la passerez en face de votre remplaçante pour avoir un ordi relié au réseau et une connexion à l’imprimante. Elle vous posera mille questions en dépit du casque sur vos oreilles, et comment l’en blâmer ? La seconde, vous aurez finalement astiqué, rangé la table qui vous a été assignée et monté un ordinateur qui a manqué 150 mises à jour Windows et n’a ni accès à internet ni à l’imprimante. La troisième semaine, miracle, vous avez un accès internet et une adresse mail professionnelle. En tant que rédactrice d’articles web, vous avez Word, mais pour les illustrations, il faudra vous contenter de Paint et Powerpoint. Après tout, vous êtes Préhistorienne ! Vous rapportez du travail chez vous le soir pour jouir des bons logiciels car le télétravail n’a pas soulevé d’enthousiasme. Pensez-vous  ! Dans cette ambiance suspicieuse, ce serait le début de la fin. La quatrième semaine, Photoshop a enfin été commandé. En attendant, vous procédez à l’installation d’une version d’évaluation. Entre temps, vous avez répondu à toutes sortes de sollicitations et secondé votre nouvelle collègue dans les tâches ingrates.

L’indifférence vis-à-vis de la santé et de la vie personnelle des salariés est essentielle chez vos chefs. Des yeux dans le vague, une moue désapprobatrice c’est tout ce que vous obtiendrez si vous parlez du bébé de l’une, du cancer d’une autre ou du passage angoissant de votre fils aux urgences. La santé est sans doute une vue de l’esprit. « Je ne suis jamais malade ». « Je ne prends pas de médicaments » illustrent cette empathie inexistante. Manager, président dans le milieu associatif autour d’une maladie chronique, il ne faut pas surtout pas paraître vulnérable, mais se concentrer sur le travail. Pour un peu vous prendriez un congé payé pour être hospitalisé afin de ne pas gêner. Ce que le manager ne se permet pas, il n’y a pas de raison qu’il le comprenne chez les autres. Vous êtes donc défaillant par défaut. Ne soyez pas surpris, vous connaissiez le bénévolat, voici maintenant le salarié bénévole.

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Vous n’êtes qu’une victime parmi d’autres. Les autres salariés souffrent également, se plaignent, à des degrés divers. Certains le manifestent et vous êtes même témoin des entretiens qui aboutissent à des cris et à des larmes. Vous entendez malgré vous et voyez le résultat de ces batailles inégales. En dépit de cela, totalement inconsciemment, on vous informe que le salarié qui a cessé de venir a également envoyé une lettre relatant l’historique de ses souffrance, un tissu de mensonges vous affirme-t-on. Pis, le manager vous demande de mettre en forme la lettre de réponse et de la poster sous pli recommandé. Vous êtes loyale, mais pas aveugle, encore moins sourde. Personne ne parlera pourtant de cet épisode gênant au sein de la hiérarchie, encore moins dans les rapports de réunion du conseil ou du bureau que vous devez archiver. Le silence légitime et clôt le désaccord, faisant de chaque participant un acteur de cette souffrance au travail. Un revers de plus à assumer vis-à-vis de votre idéal !

 

4. L’exploitation

Etre soi-même porteur d’un projet décuple l’énergie, vous ne le savez que trop bien. Travailler avec des gens qui n’ont pas d’autre but dans la vie que leur travail les conduit à tenter de vous exploiter de la même manière, qui plus est sans contrepartie puisqu’eux-mêmes n’en demandent pas. Peu importe que vous ne le décidiez pas.

C’est ainsi que vous vous retrouvez partie prenante d’une soirée publique où vous interviendrez en tant que conférencière et patiente. Les ordres de mission ne sont pas rédigés par le chef le matin de l’événement, ils le sont par les salariés, mais il est précisé que vous, qui intervenez en tant que conférencière n’avez pas à en rédiger un. Tous travailleront donc de 9h à 19h, puis resteront comme bénévoles, ce qui naturellement enfreint les lois du travail. Une fois de plus, après avoir bataillé, vous admettez d’être utilisée en vous promettant que cette situation ne se reproduira pas. La chaleur humaine réunit ce soir-là les salariés au retour, mais le ressenti et l’amertume également.

Ces managers incompétents pratiquent un sport : l’injonction, voire l’injonction prédictive. Celle qui les place sur un piédestal, dans une position toute patriarcale, résolument vomitive. Tout est légitime et si vous en doutez, inutile d’en faire part, c’est vous qui êtes incompétent. Vous demander de prendre des billets pour la fille du président et sa famille, réclamer des illustrations et des statistiques 10 minutes avant une réunion, vous obliger à rappeler un patient interviewé car les réponses ne correspondent pas aux conclusions de l’enquête.

Tout cela est demandé sans vous regarder, en fixant un ordinateur ou un portable, en oubliant volontairement toute bienséance.

Curieusement, j’ai appris à mes enfants à me regarder dans les yeux, et à demander poliment (« Isabelle, 4 cafés »).

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5. L’atteinte à l’intégrité de la personne

Dans un milieu humanitaire où la charge émotionnelle du poste est importante et le salaire moindre, découvrir que le mode de fonctionnement est fondé sur le carriérisme, les secrets, les fausses confidences et la malhonnêteté intellectuelle est déstabilisant. Là plus qu’ailleurs vous seriez prêts à oublier l’heure pour écouter une personne raconter les violences conjugales qu’elle subit, pour envoyer à une autre du matériel de soins, pour trouver une adresse sur internet que son âge ne lui permet pas de trouver. C’est ainsi que vous découvrez grâce à votre réseau qu’une personne que vous avez interviewée est décédée. L’étonnement qui suit votre révélation illustre l’absence d’intérêt et l’empathie de votre entourage professionnel pour ces personnes qui ne se résument qu’à du matériel et des chiffres. Pourtant, bien que difficile, c’est ce qui rend votre travail utile aux autres.

Vous découvrez que cette empathie est suspecte, assimilée à de la naïveté. Les repas sont prétextes à délimiter vos failles, vos désirs, à comparer. Les discussions que vous provoquez à dessein pour dénouer les sujets de dissension sont considérées comme des séances de psychothérapie à deux roubles cinquante. L’argumentation est inutile. Recrutée pour vos compétences ? Mais non voyons, vos arguments n’en sont pas, votre expérience est inutile, c’est votre réseau qui importe. C’est même pour cela qu’il a été impossible de ne pas vous prendre. Vous saviez déjà que le mérite importait peu, il s’avère maintenant que votre carnet de téléphone est votre meilleur atout. Vous avez honte, vous êtes un outil.

Peu à peu glissent votre fonction et vos compétences, vous ne pouvez publier sans avoir été relue 4 fois, tous vos articles sont remis en question, votre vocabulaire, vos expressions, vos propositions de synthèse, rien n’est publiable en l’état. Perte de temps, dévalorisation, perte d’autonomie. Soudain la page blanche et assoiffée de mots ne trouve plus rien en vous. Votre vocabulaire d’habitude riche et fluide est devenu insipide, hésitant, contrôlé par d’autres. Un article à deux mains devient un article en nom propre (pas le vôtre), relu par d’éminentes personnes, plus compétentes que vous, des amies de votre collègue. Passionnée, vous continuez de lire, de critiquer. Las, les rapports sont remaniés la veille d’être rendus, bourrés de fautes d’orthographe.

Pis, les rapports publiés sont falsifiés, les proportions de patients interviewés s’éloignent de la réalité. Certes, dans tous les domaines de la société, en particulier la recherche, les chiffres sont embellis, vous êtes bien naïve, pourquoi serait-ce différent dans cette institution ? Peu à peu cette malhonnêteté ne vous intrigue plus, elle vous dégoûte. De répétition en déformation, l’auteur finit de se convaincre de ses mensonges. Vous vous refusez à voir en votre collègue une carriériste. Elle présente tellement bien ! Elle, en revanche ne se cache plus et multiplie les menaces et les attaques : « Je connais ton caractère, tu veux que tout le monde t’aime », « Tu dis oui à tout, cet éparpillement est visible, on va te broyer pour ça ». « Je suis instrumentalisée, mais toi aussi tu vas l’être ». « Si tu ne fais pas de ce que je dis, tu sautes, et moi aussi ». Jusqu’à la phrase révélatrice lancée à la machine à café : « J’ai une super proposition de poste ailleurs, je risque de partir, c’est une question de mois, mais si c’est le cas, ne t’inquiète pas, je te laisserai une clé USB ». Brutus, lâche ce poignard !

Après quelques semaines de ce régime alternant flatteries, confidences, injonctions, mépris, tentatives de psychothérapie, manipulation perverse, vos bases sont anéanties. S’ensuit une perte de confiance, de repères, et finalement une paralysie créative. Vidée de toute initiative, seule l’exécution de tâches les plus basiques reste accessible, surtout rien de vénal ou de malhonnête, mais au contraire l’aide apportée aux autres, aux autres salariés ou aux interlocuteurs. Les réunions pour élaborer des réponses par mail ou par téléphone aux personnes dans le besoin deviennent la seule source de joie et légitiment de rester dans cet enfer. Ce qu’on ne manque pas de vous reprocher, à vous, l’empathe. Pourtant, les décisions sur les plateformes que vous serez amenée à gérer ne dépendront pas de vous. En revanche vous recevrez des mails par paquet de 12, le vendredi, jour où vous ne travaillez pas, histoire de bien commencer le lundi. Pas la peine de rédiger, tout sera réécrit – avec des fautes en prime. Vos propositions ne seront pas acceptées, les problèmes que vous soulevez balayés.

Mais que faites-vous ? Pourquoi ne pas vous expliquer, dénouer les nœuds, vous affirmer ? Avec le même niveau d’études, bats-toi, que diable ! « Accorde-lui d’avoir raison sur ce sujet, tu t’en fous », propose une collègue. Pourquoi, alors qu’elle n’a pas de compétences et seulement des arguments d’autorité ? Bien sûr que vous provoquez des entretiens pour assainir la situation ! Et c’est vous attaquer à la folie, en pure perte. Parler à un automate caché derrière un ultraportable qui regarde à travers vous, en choisissant son vocabulaire, persuadé de son bon droit, vous ordonner via un schéma « car manifestement tu comprends mieux avec des images », de trouver un plan communication. Evacuer vos propositions concrètes (création d’un forum de discussion) pour vous proposer de faire semblant de vous occuper des patients qui se sont inscrits en les appelant 8 minutes sur « un prétexte bidon », de les utiliser en somme, à la chaîne, en oubliant que vous faites partie de leur communauté. « On est d’accord avec le plan ? ». « C’est la dernière fois qu’on parlait comme ça, je perds mon temps avec toi, déjà au téléphone et là maintenant. Je ne peux pas ».

Je n’ai pas pu non plus.

Continuer de pleurer matin et soir devant mon mari et mes enfants, faire des cauchemars, mentir à propos de ce projet auprès des autres personnes malades, continuer à avoir la foi. A bout de forces, c’est mon médecin traitant qui m’a recueillie, arrêtée une première fois, puis une deuxième, avant de me confier à un confrère psychiatre qui m’a mise sous antidépresseurs pour la première fois de ma vie.

C’était sans compter sur un contrôle exigé par mon employeur auprès d’un médecin rémunéré par un organisme chargé de vérifier les arrêts maladie. Oui, ça existe, merveilleux n’est-ce pas ? On ne parle pas d’un médecin conseil. Non, ce médecin est rémunéré deux fois le prix d’une consultation ordinaire et l’organisme facture donc 4 fois cette consultation afin de débusquer les menteurs. Il n’a pas fallu 5 minutes pour que le verdict du burn out tombe. « N’en jetez plus, j’ai compris, tout est là, madame, je vous félicite d’avoir mené trois grossesses en étant diabétique et d’avoir créé cette association. Prenez soin de vous ». Il est surtout resté pantois devant le nom de mon employeur en le confrontant à ces méthodes.

Drôle d’aventure, me rassurant sur mon état. Quelle ironie.

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Car les doutes ont été longs à dissiper, ils continuent de me hanter tant ces manières me sont étrangères et je souhaite qu’elles le restent. Des semaines d’abattement, de pleurs, d’angoisses, l’oubli de mes enfants le soir à l’école, la perte des clés de ma maison, une totale perte de confiance, un épuisement physique et mental, pas de faim ni d’envie, des sursauts, des angoisses, des cauchemars. Je remercie tous ceux qui m’ont soutenue, qui sont passés par là, y compris avec le même employeur, et qui ont appelé quand l’envie de vivre ne tenait qu’à un fil et que l’existence de mes enfants ne suffisait plus, qui m’ont demandé de peindre alors que j’en étais incapable en passant commande pour me booster et obliger mon cerveau à mouliner sur autre chose, à sortir le beau qu’il restait en moi.

La liste est longue : Stéphanie, Ingrid, Milène, Caroline, Fabienne, Delphine, Judith, Clémence, Véronique, Cécile, Nathalie, M-Ch, Magali, Marie-Pierre, Richard, Patrick et Raoul, je sais que vous vous reconnaîtrez si je vous ai oublié. Il aura fallu deux mois pour essayer de créer de nouveau. Deux mois de rangement, de nettoyage à l’excès, de cuisine intensive, de pleurs, de craintes, de psychothérapie pour essayer de comprendre pourquoi. Car c’est le machiavélisme de la situation. Le manager pervers narcissique ne se remet pas en question, il connaît ses névroses mais s’intéresse surtout aux vôtres car vous ne prenez pas garde de dissimuler. Mieux, il utilise son pouvoir, transgresse volontiers la légalité, et tente de vous rallier à sa cause.

Changerai-je quelque chose ? Non, car je n’ai rien à changer, je resterai fidèle à moi-même et loin de ce cercle vicieux et de ce carriérisme. Mais comment se réconcilier avec soi-même, se pardonner d’avoir fait cette erreur, d’être allée trop loin ? Comment retrouver ses valeurs ? Heureusement, quelques phrases m’ont maintenue à flots :

« Ils n’auraient jamais dû vous recruter ».

« Vous avez bien fait de faire une dépression ». Fuir est souvent la meilleure solution.

« Considérez tout cela comme une parenthèse ».

Au-delà de mon expérience personnelle, c’est découvrir que je me reconnaissais dans d’autres témoignages qui m’a convaincue que ce désordre social et professionnel était assez répandu, toléré, voire considéré comme normal. Rien ne fait plus mal que ces petites phrases qui se veulent rassurantes et participent à l’existence de ce fléau : « Tu sais, c’est le monde du travail ! ». « J’ai pensé à toi et j’ai dit dès le début ce que je pensais, pour ne pas qu’il m’arrive ce qui t’est arrivé ». « Retournes-y, ce n’est plus pour très longtemps ». « Il faut que tu t’expliques, sans dialogue on n’arrive à rien ».

Rien ne justifie que vous reniiez ce que vous êtes, ou que vous vous autodétruisiez. Fiez-vous absolument à votre ressenti, écoutez les symptômes physiques, sollicitez d’autres avis que les vôtres, rejouez les entretiens et surtout mettez fin à cette relation abusive.

Restez vous même !

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A lire pour approfondir le sujet :

http://www.lettreducadre.fr/10289/chef-manipulateur-attention-danger/

http://www.manipulateurs-au-travail.fr/?v=11aedd0e4327

http://www.capital.fr/carriere-management/coaching/reconnaitre-et-contrer-les-manipulateurs-pervers-au-travail-789568

Henri Laborit, Eloge de la fuite, Paris (1976).

Que lisez-vous en ce moment ? #6

Que lisez-vous en ce moment ? #6

Berest Anne - La fille de son père

Il y a peu, j’ai réitéré ma participation à une chaîne de livres, et à cette occasion, j’ai découvert des ouvrages que je n’aurais sans doute jamais lus. C’est la deuxième fois que je pratique cette chaîne et chaque fois je suis émue et surprise*. Cette fois je me suis plongée dans un petit livre dont la couverture, illustrée par une photographie en noir et blanc, m’intriguait beaucoup. Il s’agir du premier roman d’Anne Berest, La fille de son père, paru en 2010. Le quatrième de couverture m’a interpelée également. Trois filles rousses, plusieurs enterrements, des fêtes en famille qui s’avèrent désastreuses et suscitent des règlements de compte, te notamment une recherche de paternité. Ce court paragraphe que j’hésite souvent à lire semble apporter l’essentiel des informations et pour cause, la virtuosité ne réside pas dans les événements, mais dans le style et les thèmes abordés.

Ce petit roman est incisif, efficace, écrit avec violence, comme des couleurs et des projections sur la toile. Avare en descriptions, l’auteur caricature ses personnages et ses mises en scènes. Et si je ne suis pas toujours friande de ce type d’écriture, cette fois j’ai l’ai pourtant dévorée. Les thèmes abordés ont été souvent traités : filiation, relations familiales complexes, recherche des origines , mais ce qui m’a touchée ici c’est la manière dont chaque personnage réagit, avec son caractère, face à un secret qui remet tout en cause. La narratrice nous guide et semble subir la situation, ce qui nous permet de cheminer avec elle tout au long de cette aventure et d’observer comment chaque pion se déplace sur ce curieux échiquier. Enfin, cet ouvrage ciselé ne fait pas de fausse note. Son architecture bien pensée fait rimer les prénoms, les images et les situations avec bonheur.

Je ne connaissais pas cet auteur et je recommanderai volontiers ce livre, je remercie chaleureusement la personne qui me l’a envoyé… de la Réunion !

  • Si vous désirez participer à cette chaîne, c’est tout simple, contactez-moi, je vous expliquerai le modus operandi !
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Que lisez vous en ce moment #5

Que lisez vous en ce moment #5

la-mecanique-du-coeur_couv« Edimbourg, 1874. Jack naît le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Mi-sorcière mi-chaman, la sage-femme qui aide à l’accouchement parvient à sauver le nourrisson en remplaçant le cœur défectueux par une horloge. Cette prothèse fonctionne et Jack vivra, à condition d’éviter toute charge émotionnelle : pas de colère donc, et surtout, surtout, pas d’état amoureux. Mais le regard de braise d’une petite chanteuse de rue mettra le cœur de fortune de notre héros à rude épreuve. Prêt à tout pour la retrouver, Jack se lance tel Don Quichotte dans une quête amoureuse qui le mènera des lochs écossais jusqu’aux arcades de Grenade et lui fera connaître les délices de l’amour comme sa cruauté. »


J’ai reçu ce livre en faisant suivre la chaîne « Passeurs de livre » initiée par une amie. J’étais prête à découvrir un petit livre sans prétention, écrit par Matthias Malzieu, également chanteur du groupe de rock français, Dionysos. Je ne connais ni l’homme ni les chansons, je partais donc plutôt objective. Hélas, je ripais dès les premières phrases. Rythme enlevé, incisif, efficace… pendant deux pages. Allitérations, romantisme poussif, dialogues surannés, à la cinquième page je soupirais. Pourtant l’univers créé par Matthias Malzieu est étrange, plutôt fascinant, servi par un vocabulaire souvent à la marge, façon poulbo du XIXème siècle, entre la Reine des neiges (l’original d’Andersen) et Tim Burton. Mais l’ensemble est long et aurait gagné à être dégraissé. Heureusement, la fin est à la hauteur car elle aurait pu elle aussi être ratée. Ce n’est pas à Olivia Ruiz, malgré la dédicace en épilogue que revient la palme de l’avoir corrigé, l’éditeur n’a simplement pas fait son boulot. C’est dommage, ça aurait pu être réussi, c’est juste moyen, voire ennuyeux. Et l’image de la femme n’est pas glorieuse, de la mère adoptive abusive à la chanteuse aux répliques prévisibles, nous ne sommes pas à l’honneur.

Un petit bouquin ni précieux ni fascinant, et qui, malheureusement, ne me donne pas envie de découvrir les autres. Je lui laissais le bénéfice du doute en ne mélangeant pas chansons et livres, ma foi, j’espère que l’auteur est meilleur chanteur.

Si vous aussi désirez faire partie de cette chaîne de livres, n’hésitez pas à me contacter. En quelques semaines, plusieurs livres sont arrivés sur ma table de chevet dont deux pépites que je ne tarderai par à vous présenter.

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