[Contes] Jack et le haricot magique

[Contes] Jack et le haricot magique

J’aime les contes, j’aime ce qu’ils nous apportent, ce qu’ils sèment en nous, enfants, et qui nous porte pendant toute notre vie. Même s’il existe une morale de l’histoire généralement admise, il n’y a que des interprétations personnelles. Je crois que chaque enfant a un avis sur les histoires que nous lui lisons, qu’il interagit avec elles, que certaines lui plaisent entièrement et que d’autres le fascinent en partie. Une image peut d’ailleurs parfois suffire à résumer un conte. Le manichéisme des contes est formidable. Ma fille me demandait à quoi on pouvait reconnaître un méchant dans la rue, dans la vraie vie. Il est vrai que les méchants sont reconnaissables à leurs attributs, couleurs, accessoires, démarche, sourires, à la musique qui accompagne leur arrivée ou leurs diatribes. Mais certains méchants sont plaisants et d’autres ne restent pas méchants. Les contes brouillent parfois les pistes.

Parmi les contes que j’ai déjà illustrés se trouvent Raiponce, Boucle d’Or et les trois ours, La Princesse au petit pois. Je viens de terminer Jack et le haricot magique.

En voici l’histoire, amalgame de diverses traditions :

Jack est un garçon qui vit seul avec sa mère, veuve. Leur seul moyen de subsistance est le lait que donne leur unique vache et qu’ils vendent au marché. Un matin, ils se rendent compte que leur vache ne donne plus de lait. La mère de Jack décide alors d’envoyer son fils la vendre au marché.

En chemin, Jack rencontre un vieil homme à l’allure étrange et qui salue Jack en l’appelant par son prénom. Il parvient à convaincre Jack d’échanger sa vache contre des haricots qu’il dit « magiques » : si on les plante pendant la nuit, le matin ils auront poussé jusqu’au ciel ! Quand Jack revient chez lui sans argent mais avec, seulement, une poignée de haricots, sa mère se met en colère et jette les haricots par la fenêtre. Elle punit son fils pour sa crédulité en l’envoyant au lit sans souper.

Tandis que Jack dort, les haricots germent dans le sol et, au matin, une gigantesque tige de haricots a poussé à l’endroit où ils ont été jetés. À son réveil, quand Jack voit l’énorme tige montant jusqu’au ciel, il décide sur-le-champ de grimper à son sommet.

Tout en haut, il trouve une large route, qu’il emprunte, et qui le conduit à un château. Sur le seuil se tient une grande femme. Jack lui demande de lui offrir à déjeuner, mais la femme le met en garde : son mari est un ogre et, si Jack ne tourne pas les talons, c’est lui qui risque de servir de déjeuner à son mari. Jack insiste, et la géante lui prépare à manger. Jack n’est pas arrivé à la moitié de son repas, que des bruits de pas se font entendre, qui font trembler toute la maison. La géante cache Jack dans un four. L’ogre arrive et, immédiatement, il sent la présence d’un humain :

La femme de l’ogre dit à celui-ci qu’il se fait des idées et que l’odeur qu’il sent est sans doute celle des restes du petit garçon dont il s’est délecté la veille. L’ogre s’en va et, alors que Jack est prêt à sauter de sa cachette et à prendre ses jambes à son cou, la géante lui dit d’attendre que son mari soit en train de faire la sieste. Après que l’ogre a mangé, Jack voit celui-ci prendre quelques sacs dans un coffre et compter les pièces d’or qu’ils contiennent jusqu’au moment où il s’est endormi. Alors, Jack sort du four sur la pointe des pieds, et il s’échappe en emportant l’un des sacs d’or. Il descend la tige de haricots et ramène l’or à sa mère.

L’or permet à Jack et à sa mère de vivre pendant un certain temps, mais arrive un moment où il n’y en a plus, et Jack décide de remonter en haut de la tige de haricots. Sur le seuil de la grande maison, il trouve de nouveau la géante. Elle lui demande si ce n’est pas lui qui est déjà venu, le jour où son mari s’est aperçu que l’un de ses sacs d’or manquait. Jack lui répond qu’il a faim et qu’il ne peut pas lui parler tant qu’il n’a pas mangé. La géante, de nouveau, lui prépare un repas… Tout se passe comme la fois précédente mais, cette fois, Jack parvient à dérober une poule qui, à chaque fois qu’on dit « ponds », pond un œuf d’or. Il la ramène à sa mère.

Bien vite, Jack, insatisfait, éprouve l’envie de remonter au sommet de la tige de haricots. Une troisième fois, il escalade donc la tige mais, au lieu d’aller tout droit jusqu’à la grande maison, quand il arrive près de celle-ci, il se cache derrière un buisson et attend, avant d’entrer chez l’ogre, que la géante soit sortie chercher de l’eau. Dans la maison, il se trouve une autre cachette, dans un « marmite » Le couple de géants revient. Encore une fois, l’ogre sent la présence de Jack. La géante dit alors à son mari de chercher dans le four, car c’est là que Jack s’était caché auparavant. Jack n’y est pas, et ils se disent que l’odeur est sans doute celle d’une femme que l’ogre a mangé la veille. Après le déjeuner, l’ogre demande à sa femme de lui apporter sa harpe d’or. La harpe chante jusqu’à ce que l’ogre se soit endormi, et Jack, alors, en profite pour sortir de sa cachette. Au moment où Jack s’empare de la harpe, celle-ci appelle son maître l’ogre avec une voix humaine, et l’ogre se réveille. L’ogre poursuit Jack, qui s’est emparé de la harpe, jusqu’à la tige de haricots. L’ogre descend la tige derrière Jack mais, une fois que Jack est arrivé en bas, vite, il demande à sa mère de lui donner une hache, dont il se sert pour couper l’énorme tige. L’ogre tombe et se rompt le cou.

Jack montre à sa mère la harpe d’or, et grâce à elle, et en vendant les œufs d’or, ils deviennent tous les deux très riches. Jack épouse une grande princesse. Ils vivent heureux pour toujours.

****

Le personnage de Jack est un héros enfantin, sans beaucoup de scrupules, que la faim pousse à agir. Puni par sa mère, il en vient à voler et à tuer un plus grand que lui. Ce géant est décrit comme un méchant, terrorisant les petites gens et, souvent, dérobant des biens de valeur, de sorte que le comportement de Jack devient légitime. Plus prosaïquement, c’est aussi une victoire du petit sur le grand, du pauvre sur le riche.

La tige du haricot magique est ce qui m’a le plus marquée dans ce conte, ainsi que la maison, que j’imagine comme un château dans les nuages. Cette tige est comme un lien entre la terre et le ciel qui permet aux humains de rejoindre un autre monde, et d’améliorer la condition humaine, telle que la tour de Babel. Les objets que Jack dérobe sont magiques, ils sont une part du rêve : manger à sa faim, ne manquer de rien, posséder un bout de divin.

Et vous, ce conte vous parle ? Quel est votre conte préféré ?

Retrouvez également
isabelle-dessine-moi-un-prenom