Que lisez-vous en ce moment ? #8

Que lisez-vous en ce moment ? #8

Gudule, Le Croqueur de lune (2011)

Éditeur : Mijade

Ce recueil de 21 contes est une jolie découverte. Traînant avec mes enfants dans un magasin rempli de livres d’occasion, je suis tombée sur ce bouquin de Gudule et… je l’ai dévoré à leur place, avant de leur lire des passages le soir au coucher.

Je connaissais l’auteur, Anne Guduël alias Gudule, pour ses publications pour adultes et son blog décapant (ici et ), mais c’est une amie de mon fils aîné qui m’a parlé de ses livres pour enfants. Et quelle surprise ! Ces textes courts revisitent les contes du monde entier et chacun est un trésor. Je vais vous faire une confidence : j’aime les morales, quel que soit le genre de livre, il faut qu’il y ait un but, une direction, qu’il reste quelque chose. Avec ce choix d’histoires, Gudule m’a comblée bien davantage que certains contes anciens et traditionnels dans la morale me paraît parfois confuse ou dépassée.

Peuplées de Rois et Reines, d’enfants sauveurs, de lutins des forêts, de jeunes filles généreuses, de jeunes hommes courageux, avec quelques apparitions du diable en personne, elles sont parfois taillées à la serpe, parfois grivoises (d’où l’intérêt de les lire à voix haute selon l’âge des auditeurs ^^) mais toujours humanistes, riches et passionnées. A l’instar des recueils de mythologie, grecque ou philippines, qui ont guidé mon enfance, on y trouve l’explication de certains phénomènes naturels (comme le croqueur de lune qui donne le nom à ce livre ou l’alternance des saisons) et, bien sûr, la célébration des bons sentiments (l’amitié, la fidélité, l’empathie, l’humilité).

Il serait difficile de résumer ces contes et cela gâcherait le plaisir que vous aurez à les lire, je ne m’y essaierai donc pas.

Je vous conseille de découvrir cette auteure, hélas partie trop tôt, à la plume pleine de verve et de délicatesse.

Que lisez-vous en ce moment #4

Que lisez-vous en ce moment #4

ob_732748_piertraLeonor de Recondo – Pietra viva

Je vous présente aujourd’hui un livre qu’on m’a offert un peu par hasard, lors du dernier Noël. Il y avait trois paquets identiques pour les adultes présents, je suis tombée sur celui-ci et dès l’ouverture, le sujet me plaisait déjà.

Michelangelo, en ce printemps 1505, quitte Rome bouleversé. Il vient de découvrir sans vie le corps d’Andrea, le jeune moine dont la beauté lumineuse le fascinait. Il part choisir à Carrare les marbres du tombeau que le pape Jules II lui a commandé. Pendant six mois, cet artiste de trente ans déjà, à qui sa pietà a valu gloire et renommée, va vivre au rythme de la carrière, sélectionnant les meilleurs blocs, les négociant, organisant leur transport. Sa capacité à discerner la moindre veine dans la montagne a tôt fait de lui gagner la confiance des tailleurs de pierre. Lors de ses soirées solitaires à l’auberge, avec pour seule compagnie le petit livre de Pétrarque que lui a offert Lorenzo de Medici et la bible d’Andrea, il ne cesse d’interroger le mystère de la mort du moine, tout à son désir impétueux de capturer dans la pierre sa beauté terrestre. Au fil des jours, le sculpteur arrogant et tourmenté, que rien ne doit détourner de son œuvre, se laisse pourtant approcher : par ses compagnons les carriers, par la folie douce de Cavallino, mais aussi par Michele, un enfant de six ans dont la mère vient de mourir. La naïveté et l’affection du petit garçon feront resurgir les souvenirs les plus enfouis de Michelangelo. Parce qu’enfin il s’abandonne à ses émotions, son séjour à Carrare, au coeur d’une nature exubérante, va marquer une transformation profonde dans son œuvre. Il retrouvera désormais ceux qu’il a aimés dans la matière vive du marbre.

Pourquoi crée-t-on ? Comment voit-on sur une page blanche, une toile, un bloc de marbre le dessin que l’on a formé ? Comment expliquer aux autres que l’essentiel est là, dans cet acte mûri et que le reste autour n’est que le moyen de nourrir cette création, sans qu’ils vous détestent ou vous repoussent ? Comment analyser le chemin parcouru, l’expérience, les obstacles de la vie, les émotions passées pour aller plus loin encore et mieux les concrétiser esthétiquement ? En un mot, un livre sur l’art, mais avant tout sur l’artiste et son interaction avec le monde.

Un petit bijou, très pur, dégagé de sa gangue, court, efficace et plein de poésie. Je vous le recommande.

Que lisez-vous en ce moment #3

Que lisez-vous en ce moment #3

Un bon ami partage toutes ses lectures et aime comme moi l’éclectisme. Il me fournit ma drogue préférée et je lui fais confiance. Cette fois, il a beaucoup insisté pour que je lise L’histoire de Bone, de Dorothy Allison. J’ai dégusté ce livre, frémi, respiré chaque soir son air du sud, je l’ai refermé en sachant que je ne l’oublierai pas. Il s’est gravé quelque part. Toutes les critiques que j’en ai lu ne ressemblent pas à mon ressenti. Il est devenu mien.

En Caroline du Sud, dans un milieu défavorisé, une enfant, surnommée Bone car de silhouette fluette, décrit sa vie, sa famille composée de femmes fortes, débrouillardes, gouailleuses telles sa grand-mère, aux histoires troubles, à la vie de couple en dents de scie. Ses oncles, buveurs, forts en gueule, bagarreurs défendent leur tribu et soutiennent leurs sœurs. Bone est née de père inconnu, et c’est une disgrâce que sa mère, enceinte d’elle à 15 ans, ne supporte pas. Elle refait sa vie, une petite sœur naît, se remarie, mais son bonheur est de courte durée. Entre dans leur vie un personnage fascinant qui s’avère frustré, portant la blessure d’être déprécié par son père, et qui devient violent et malsain à l’égard de Bone.

Ma première impression et celle qui reste en refermant le livre, c’est la sensation d’être entrée dans un monde, une époque, des couleurs fanées et des odeurs. Des enfants qui jouent avec un rien dans la boue, des confitures qui cuisent, des robes imprimées, des hommes qui blaguent. Et une petite fille qui cherche le bonheur et s’interroge en grandissant. Tout à la fois protégée par sa famille et insuffisamment par sa mère, elle se construit en réaction face à ce qu’elle subit. Quoi qu’il arrive, elle continue de vivre, de chercher le plaisir, de croire qu’un autre avenir existe, tout en sentant la violence monter en elle.

J’ai beaucoup tremblé en pressentant une fin funeste, pleuré qu’elle se sente coupable, inquiète de la voir affuter ses armes. La fin m’a surprise et marquée. Je n’ai su qu’après que le roman était autobiographique et à dire vrai, ça ne m’intéresse pas particulièrement. Que le livre soit classé dans la rubrique « Inceste » chez Babelio me dérange, de même que les critiques centrées sur cet aspect. Je retiens de cette expérience que l’espoir est bien présent en chacun, que la recherche de sa personnalité se bâtit même dans les pires conditions et que l’on peut pardonner, à défaut de comprendre et d’accepter, simplement pour survivre. Ce que Cyrulnik appelle la Résilience. Un très beau livre, difficile, mais vrai.

histoire-de-bone

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Que lisez-vous en ce moment #1

Que lisez-vous en ce moment #1

J’inaugure une nouvelle rubrique dans ce blog car c’est l’été, je fais ce qui me plaît ! ^^

Je lis chaque jour, n’importe quoi, tout ce qui me tombe sous la main. C’est bien simple, ma spécialité, c’est l’éclectisme. Je lis des revues ou les livres que mes enfants abandonnent lors de leur passage, quand je suis au petit coin, et même les étiquettes des produits, et bien sûr, chaque soir je lis avant de m’endormir, quel que soit mon état. C’est la transition nécessaire entre l’écran et le sommeil.

Bien sûr, en été, je lis davantage, car les heures disponibles sont plus nombreuses et les occasions plus belles : au frais sous le tulipier, à la plage, dans le canapé… Revues anciennes, livres cinquantenaires de la bibliothèque ou kindle. Je suis fan de cet objet. Léger, maniable, rétro éclairé, contenant tous les livres de mon été, tenant longtemps la charge.

Ecriture – Mémoires d’un métier, de Stephen King (2000)

stephen-king-ecritureJ’ouvre cette nouvelle rubrique avec un écrivain souvent controversé. J’aime cet auteur depuis mon adolescence. Il a commis des livres très moyens, de son propre aveu, des romans de gare, mais aussi de très belles séries, des romans fantastiques, et nombre d’adaptations cinématographiques prouvent son succès. Populaire, certes, mais le snober est dommage car son univers est diversifié et plein de bonnes idées et son style largement dépendant des traductions.

J’ai lu ce livre de Stephen King avec infiniment de plaisir, de concentration, d’empathie. Chose rare chez moi, je pourrais en relire des passages avec bonheur, je l’ai d’ailleurs cité ici même la semaine dernière lors du défi photo. Et pourtant, je n’étais que peu inspirée par ce livre. En effet, je n’aime pas les biographies, je préfère le mystère, je n’aime pas non plus voir la tête des écrivains, de même que je préfère ne rien savoir de la vie des acteurs.

Or, dans ce livre, Stephen King parle de création.
Il parle avec vérité de sa vie et de son expérience, dans une première partie « CV ». Il explique son enfance, les racines de sa créativité, de son instinct, les chances et les mésaventures de l’écrivain en herbe, puis du professeur de lettres. Puis il passe en revue les outils et la discipline qu’il a mis en place tout au long de sa carrière dans une seconde partie, et il faut du talent pour être pédagogue sur un sujet à la fois rebattu et périlleux. Ses conseils en matière d’organisation, de confiance en soi, et en certaines personnes me parlent énormément. Nul doute que ces mots me boosteront dans les moments de doute, dans les moments où l’art doit rester à sa place pour que la vie autour le nourrisse, et non l’inverse.

J’ignorais son addiction à l’alcool et à la cocaïne, mais je retiens de surtout de cette période son regret d’avoir oublié la rédaction de certains romans devenus des succès. Je comprends également mieux certains personnages dépendants de la drogue ou de l’alcool et pourquoi leur profil étoffé.


Et puis, il relate cet accident survenu pendant l’écriture de ce livre. Un automobiliste dangereux et multirécidiviste le renverse, ce qui le condamne à plusieurs opérations et de longs mois de rééducation et de souffrance quotidienne. Il raconte cette sensation d’avoir été la victime d’un personnage de roman, comme lorsqu’on vit à la fois l’événement et qu’on le regarde, avec un brin de dérision, tant c’est incroyable. Cette impression d’être passé à côté de la mort, permet de goûter la vie, de se servir de la création comme d’un radeau pour sortir de la tempête. Cette partie là m’a encore plus parlé que le reste, chamboulée, car elle a fait remonter des événements difficiles de ma propre vie. Quand les heures s’étirent et que manger seule ou tenir un crayon représentent des grandes victoires, tout se teinte de couleurs plus vives. Qu’il faut être sincère pour relater les faits, sans colère, pour en tirer le positif.

Une très bonne surprise que ce roman autobiographique, donc.

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